«Pas de violence chez ceux qui souffrent d’Asperger»

 

Keith Srakocic/ASSOCIATED PRESS

Un jeune étudiant atteint du syndrome d’Asperger discute avec sa «marraine», qui l’aide à s’intégrer au sein de l’université de Pittsburgh. Les personnes ayant ce handicap sont capables de mener des études brillantes mais ont besoin d’être guidées dans certains aspects de la vie courante.

 

 

 

«Pas de violence chez ceux qui souffrent d’Asperger»

Par figaro iconPauline Fréour – le 17/12/2012
Les spécialistes s’accordent pour réfuter un lien de cause à effet entre la forme d’autisme dont le tueur de Newtown, Adam Lanza, aurait été atteint, et son acte meurtrier.

 

Depuis qu’une source policière anonyme a déclaré que le jeune Adam Lanza, auteur de la tuerie de Newtown où 26 personnes ont perdu la vie vendredi, souffrait du syndrome d’Asperger, la mention de ce handicap revient régulièrement, sans que l’on sache bien quoi y associer. Que recouvre cette forme d’autisme dite modérée? Ce handicap, dans l’hypothèse où il serait confirmé chez le jeune homme, a-t-il à voir avec la violence de son geste? En France, où le syndrome d’Asperger reste peu étudié, les spécialistes sont formels: la violence envers les autres n’est pas une caractéristique de ce handicap. Ce qui ne signifie pas que les malades ne doivent pas faire face à des difficultés quotidiennes.

Le syndrome d’Asperger est un trouble envahissant du développement, qui se caractérise notamment par des difficultés dans les interactions sociales. «Les personnes concernées maîtrisent très bien le langage mais ont du mal à communiquer car elles ne comprennent pas l’implicite, qu’il s’agisse d’images et de métaphores, de jeux de mots ou de second degré, explique Elaine Hardiman-Taveau, présidente de l’association Asperger Aides. Elles prennent tout au pied de la lettre, ce qui peut conduire à des situations déroutantes pour elles comme pour les autres. Ainsi, un enfant atteint d’Asperger ignore qu’il n’est pas attendu de lui de répondre à toutes les questions en classe et va s’étonner que le professeur soit agacé. De même, si quelqu’un appelle chez lui et demande si sa mère est là, s’il ne la voit pas, et même si elle se trouve dans une autre pièce de la maison, l’enfant va répondre par la négative et raccrocher», illustre-t-elle. Cela conduit souvent l’enfant à être l’objet de nombreuses moqueries de la part des autres élèves, avec lesquels il a du mal à se lier.

En revanche, contrairement à d’autres formes d’autisme, les enfants et adultes concernés ne souffrent pas de retard mental – ils sont mêmes souvent d’une intelligence supérieure à la normale. Ils ont un ou deux sujets de prédilection spécifiques, parfois en décalage avec leur âge (l’histoire de France, les trains, l’informatique…), vers lequel ils tendent à ramener la conversation.

«Comme des aveugles»

En France, ce syndrome est mal connu et souvent traité par la psychanalyse – une approche en décalage avec celle des pays anglo-saxons, qui favorise une prise en charge par la rééducation. Cela peut passer par des séances d’orthophonie pour travailler sur le second sens ou s’approprier la faculté de se mettre à la place de l’autre, explique Laura Delacombe, psychologue au centre expert Asperger du pôle de psychiatrie de l’hôpital Albert Gennevier à Créteil (Val-de-Marne). Certains hôpitaux, l’association Asperger Aides et des psychologues libéraux proposent aussi de participer à des groupes d’entraînement aux habiletés sociales qui, à l’aide de jeux de rôle, leur apprennent à répondre à des situations pouvant les mettre en difficulté: comment se faire un ami? quelle attitude adopter lors d’un entretien d’embauche? qu’est-ce que la moquerie? «Les personnes souffrant d’Asperger sont un peu comme des aveugles. Elles sont tout à fait capables de faire les choses correctement si on leur explique le monde qui nous entoure, explique Elaine Hardiman-Taveau. Je connais ainsi des personnes qui sont allées à l’université, se sont mariées, ont eu des enfants. Mais elles ont besoin d’accompagnement, à l’école, à l’université.»

L’origine de ce handicap reste à ce jour inconnue. «Selon les hypothèses actuelles, il s’agirait d’une cause multifactorielle: ces personnes présenteraient une vulnérabilité génétique qui s’exprimerait en fonction de l’environnement pendant la grossesse ou à l’accouchement», explique Laura Delacombe.

Quant à la possibilité que ce handicap soit à l’origine d’un acte meurtrier comme celui d’Adam Lanza, les avis sont unanimes. «Ce sont des gens gentils et naïfs», souligne Elaine Hardiman-Taveau. «Bien sûr, s’ils sont maltraités, comme tout le monde, ils peuvent s’énerver. Mais dans la même mesure que tout un chacun, pas plus». «Ce ne sont pas des gens violents avec leur entourage. Au contraire, s’ils se font agresser, ils auront plutôt tendance à se replier sur eux-mêmes. Et ils sont très respectueux de la loi, des règles, explique Laura Delacombe. Toutefois, il n’est pas exclu, dans le cas d’Adam Lanza, que la difficulté à s’insérer, à trouver sa place parmi les gens de son âge ait contribué à l’apparition d’autres troubles mentaux, comme une dépression, un trouble anxieux».

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